Angel se trouve déjà dans la cuisine assise à table sur un haut tabouret. Elle dévore ses céréales, ne prenant presque pas le temps de mâcher tellement elle mange vite et ne m'a pas entendu rentrer.
- Tu es pressée?, lui demandais-je, essayant d'engager la conversation avec ma grande s½ur.
- Humm?, fit-elle en redressant la tête. Tu as dit quelque chose?
Elle ne m'écoutait pas, comme toujours. Je me retourne pour me cacher dans ma chambre le temps que je le peux. Étrange? Non, je déteste tout simplement répéter des questions sans intérêt qui me vaudront des « ce n'est pas des tes affaires » je préfère fuir au plus vite.
- Élie! Qu'est-ce que tu as dit?
Sa voix se fait plus autoritaire. Je ne me retourne pas et elle répète encore plus fort.
Ça ne donne rien Angel, pensais-je, tu sais très bien que je ne te répondrai pas.
Je sais que ça frustre ma s½ur, mais je suis comme ça. Je finis par claquer la porte de ma chambre pour m'adossée près de la poignée.
Je regarde d'un ½il peu intéressé le bonbon qui me sert de chambre. Je dis bonbon à cause d'un des murs qui est rayé rouge et blanc et du bureau orange clair qui y est appuyé. La couette est jaune et les deux énormes coussins qui servent de chaises sont vert pâle. Tous les autres murs sont blancs et vide de vie et, bien accrochés au bord de ma fenêtre, se trouvent des rideaux rose. Dans une étagère peu haute mais très large, se trouve mes livres, autant de lectures que d'écritures.
Entendant que ma s½ur ne gueule plus mon nom, je me redresse et replace les plis de ma jupe. Je m'approche du bureau de couleur vive et attrape mes cahiers d'école. Je fourre mes livres et crayon dans mon sac et cherche ma gomme à effacer, que je perds toujours, pour finalement la retrouver au sol.
Lorsque j'ai fini mon sac, je passe ma tête dans l'embrasure de la porte pour voir si Angel est toujours à table. Elle n'y est pas. Je sors donc de ma chambre, pour me servir à mon tour un bol de céréale. Je lève les yeux sur cette pièce ou tous les électroménagers sont du même gris métallique et me sers à déjeuner. Ma grande s½ur passe rapidement dans la pièce pour me dire « bonne journée quand même» et sortit définitivement de la maison en prenant sa veste.
Je finis tranquillement de manger pour ensuite me peigner un peu et me brosser les dents devant le miroir moderne de la salle de bain. Je poursuis cette routine matinale en prenant mon sac, mon blouson et en quittant la maison.
En marchant vers l'école je sens comme d'habitude le trio à jupe courte me suivre. Elles finissent par me rattraper par l'épaule pour m'arrêter.
- Salut toi!, fit malicieusement Natasha, la rousse. Tu me le permets? Je vais t'aider à porter ton sac.
J'essaye de me débattre, mais Audrey et Camille me retiennent. Il faut aussi dire que le fait que je porte mon sac d'école sur une seule épaule les avantage beaucoup. Lorsqu'elles se sont saisies de mon sac, les deux filles me lâchent pour aller fouiller avec Natasha. Le trio sort mon lunch, comme à chaque fois. Elles ne trouvent pas mon porte monnaie puisque je l'ai retiré.
- Regarder ce que j'ai trouvé, dit Camille, la blonde, en sortant mon agenda avec tous mes devoirs. Ça tombe bien, j'avais oublié de faire ce devoir, poursuivit-elle en retirant un paquet de feuilles, le même sourire que les autres. Merci de me donner ce devoir.
Elles vidèrent le reste du contenu de mon sac au sol avant de partir, comme à chaque fois. Jusqu'ici les filles ne m'avaient volé que mon repas et mon argent. On dirait bien qu'elles en veulent plus.
Je m'accroupie, comme à chaque jour, sur le trottoir pour ramasser mon matériel. Soudain, une main pâle qui m'est familière me tendit mes crayons. Le vent souffle un peu et son odeur subtile de melon me parvint. Ses yeux gris me souriaient en m'aidant à me relever.
- Tu vas bien Élie?, me demande-t-elle, joyeuse.
- Oui et toi Anaëlle?
- Très bien aussi.
- À quelle école vas-tu, me risquais-je à lui demander.
- Je ne vais pas à l'école, me répondit-elle tout simplement, ne perdant jamais son sourire ravissant.
- Ah non?, m'étonnais-je.
- Non, mais toi tu vas être en retard si tu continue comme ça, rajouta-t-elle de sa voix mielleuse. Allez, file!
Elle m'indiqua l'école donc coup de tête et je partis en direction de cette torture en saluant cette fille assez mystérieuse.
Elles absorbent toutes mes pensées en cours. Cette Anaëlle, elle est vraiment étrange, et le trio de filles, Camille, Natasha et Audrey, qui ont pris mon devoir. Bien accotée sur mon bureau, je pars pour la lune. Stéphanie, la prof, a remarqué que je n'écoute pas en classe et aussi que je n'ai rien remis pour le devoir. Je dois donc rester après la cloche pour qu'elle me parle.
- Que ce passe-t-il Élie?, me demande la professeure une fois que tout les élèves ont quittées la classe. Tu n'écoutes pas, tu restes toujours dans ton coin et tu ne t'intègres pas au reste de la classe.
Je regarde ses longs cheveux blonds cascader sur ses épaules cachées par une chemise blanche. Je plonge ensuite mon regard triste dans ses yeux sable légèrement maquillés.
- Qu'est-ce qui se passe?, insiste-t-elle la voix très douce.
Mes lèvres tremblotent un peu sans qu'un mot n'en sorte. J'hésite à tout lui dire, à tout lui raconter sur les trois filles, mais la peur reprend le dessus.
- Ce n'est rien, rien de bien important, affirmais-je, un sourire peu convaincant à la bouche. Ce n'est qu'un manque de sommeil, rajoutais-je.
- Tu en es certaine? Il n'y a rien d'autre qui explique tes réactions face aux autres filles de la classe?
- Plus que certaine, continuais-je, jouant mieux le jeu.
- D'accore... Tu peux y aller alors.
Je tourne donc les pieds pour partir par la porte lorsque sa voix m'appelle de nouveau :
- Élie? Si jamais tu as quoi que ce soit à dire, n'oublie pas que je serai toujours là pour t'écouter.
Je la remercie d'un coup de tête avant de quitter la classe. Il n'y a vraiment personne à qui je puisse en parler sans avoir peur que ça me retombe dessus. Je ne suis pas assez forte pour les vaincre une fois qu'elles m'en voudront encore plus. Je ne suis pas assez forte maintenant point.
***
J'entre rapidement dans la maison et passe toujours aussi vite dans la chambre d'Élie, mais celle-ci est déjà arrivée. Cela doit faire plus d'une semaine que je cherche à prendre le journal de ma petite s½ur, mais je n'y arrive pas. Cette dernière arrive toujours avant moi à la maison, comment faire dans ces temps-là? Attendre qu'elle sorte de sa cellule, mais elle y reste toujours emprisonnée.
Je dis bien cellule puisqu'elle ne quitte cette pièce que pour manger et pour aller à l'école. Il m'est donc totalement impossible de lui voler son journal intime, ce qui ne fait pas avancer l'enquête.
Avec Crystale ont a commencé à voir quelques raisons possibles pour ce renfermement. Accumulation de problèmes divers, perte du goût de la vie, rage intérieure, envie de suicide... Plusieurs problèmes graves mais rien ne nous permet d'élaborer plus nos pistes si je n'arrive pas à avoir ce foutu journal. Mes pensées envers Élie m'occupent presque toujours. Je ne sais vraiment plus quoi penser.
Le temps file rapidement et il commence à se faire tard. Je range mon verre d'eau dans la cuisine et retourne dans ma chambre crème. Une fois sous les couvertures je regarde les ombres que projette ma lampe de chevet. Je me décide enfin à l'éteindre et à fermer les yeux.
Je commence à peine à dormir que j'entends un gros « BAM » sourd suivis de pas précipités ainsi qu'un claquement de porte. Je me dresse dans mon lit et repousse les couvertures. Ma mère ne rentre pas ce soir, il est donc impossible que ce soit elle qui ait fait tout ce vacarme en entrant et je suis bien déterminer à savoir d'où provient ce bruit.
Toutes les lumières de la maison sont éteintes, mais je ne sens pas le besoins d'en allumer une seule. Je progresse lentement sur le planché froid du couloir. Je regarde dans la salle de bain où j'aperçois une masse sombre au sol. J'ouvre la lumière pour voir de quoi il s'agit. Ce n'est que le panier de métal qui contient tous nos produits qui est tombé au sol.
Je m'accroupi et commence à ramasser. Déodorant, Q-tip, serviettes de couleurs vives, deux rasoirs... Mais où est le troisième? Je commence à paniquer, mon c½ur s'emballe rapidement. Elle aurait osé?
Je lâche le panier au sol et me précipite vers sa chambre. Une lueur rouge passe sous la porte. C'est sa couleur préféré, c'est pour ça que l'un de ses mur est peint de cette couleur. C'est aussi pour cette raison que sa lampe de chevet allume ainsi. Je pousse lentement sa porte qui se met à grincer. Je n'aime pas cette ambiance, pas du tout.
Je lève mes yeux pour constater mes pires cauchemars. Élie est assise sur son lit, face à moi, le visage ruisselant de larmes. Elle secoue la tête péniblement, étouffant quelques sanglots.
- Je suis désolée Angel...
Elle porta sa main droite à son poignet gauche, la lame du rasoir manquant entre ses doigts. Je n'arrive pas à bouger, je suis terrorisée par ce que je vois. Je n'arrive plus à parler, ma voix reste coincée dans ma gorge.
- Terriblement désolée...
Elle enfonce la lame dans sa peau presque blanche. Le rouge de son sang fait un énorme contraste. Je m'appuie sur le cadre de porte, je n'arrive même plus à me tenir debout.
- Désolée, de tous les problèmes que je t'ai causés...
Elle enfonça une ultime fois la lame dans son bras, lui arrachant un terrible gémissement de douleur. Son sang coulant le long de son bras, tachant sa couverture jaune et continuant son chemin sur le sol, créant une flaque qui grossi à vu d'½il. Mes pieds commencent à tremper dans son sang, rouge. Rouge, sa couleur préférée...
- NON! ÉLIE, NON!, hurlais-je mais trop tard.
Je me redresse en sueur dans mon lit. Ce n'était qu'un rêve? Je me prends la tête dans les mains avant de regarder autour de moi et je sursaute une fois de plus en voyant ma s½ur dans le cadre de porte.
- Ça va?, me demande-t-elle en avançant timidement dans ma chambre.
- Oui, oui, lui répondis-je en essayant de me remettre de mes émotions. Qu'est-ce qui s'est passé?
- Tu t'es mise à hurler « non Élie non » alors je suis venue voir ce qui se passait, me répondit ma s½ur, intriguée par la raison de mes cris.
- Ce n'était qu'un mauvais rêve... c'est tout.
- Qu'est ce qui ce passait?
- Rien de bien important, retourne dans ta chambre, tu as de l'école demain, lui dis-je, pour ne pas lui en dire plus.
- Mais on est vendredi, il n'y a pas d'école demain.
- Élie, retourne dans ta chambre, lui dis-je plus ferme que les fois précédentes.
Elle se résigna à quitter ma chambre, me laissant seule avec me pensées, une fois de plus. Cette fois-ci, des doutes hantent mon esprit. Élie serait-elle capable d'une chose pareille? A-t-elle assez de problèmes pour en venir à ça? Je dois bien admettre que Crystale a émis une hypothèse la dessus, mais je ne l'aurais jamais pensé vrai. J'essaye tant bien que mal de me rendormir et je fini par réussir.
Pourquoi? Pourquoi j'ai fais ce cauchemar? Sûrement pour m'embrouiller encore plus que je ne le suis déjà.
Celui-là je me suis beaucoup amusée à l'écrire ^^
Dites-moi si c'est toujours aussi bon!!
Angel<3