- Et puis? Ta mère, elle a dit quoi?
Je baisse la tête, je redoute ce qu'elle en pensera lorsque je lui dirai que ma s½ur doit venir avec moi... Ma meilleure amie me relève le menton de sa main et me regarde dans les yeux.
- Je suis désolée... je ne croyais pas... dit-elle, la voix franche.
- Ça a fait toute une engueulade hier soir, commençais-je.
Crystal me prend dans ses bras. Elle est assez habituée que ça ne marche pas très bien chez moi et que j'aie le moral à plat une fois en classe.
Je poursuis sur un ton las :
- On a eu un gros débat sur le fait que je demande tout et que je ne fais rien à la maison alors que c'est tout à fait le contraire... En tout cas, tout ça pour te dire que finalement je peux venir.
- Quoi?, elle quitte mes bras pour se mettre à sautiller partout. Mais c'est super!, puis elle reprend ses esprits. Mais alors... pourquoi tu fais cette tête? Qu'est-ce qu'il y a?
- Ma s½ur doit venir avec moi...
- Ah... d'accord, je comprends mieux maintenant...
Elle porta à son tour son visage vers le sol, comme pour compatir avec moi. Elle comprend que je n'ai pas le choix. Je l'adore cette fille, elle comprend vraiment tout. C'est pour ça qu'elle est ma meilleure amie.
- Parlant de ta s½ur, s'exclama Crystale, relevant la tête et changeant soudainement d'expression. J'ai une petite idée.
- Vas-y, explique.
- Tu pourrais essayer de la comprendre!
Je lui lance le regard le plus interrogateur que j'ai dans ma collection. Essayer de comprendre Élie? Mais de quoi elle parle? Comment comprendre quelqu'un qui ne fait absolument rien pour aider les autres et encore moins pour s'aider soi-même? En fait, quelqu'un qui ne fait rien point. Ma s½ur est tout un défi à comprendre. Et puis, ça me servirait à quoi?
Crystale me souri, elle a vraiment une idée derrière la tête, ça se voit.
- Tu l'observes, tous ses faits et gestes tu les prends en compte. Et le plus important; tous les moyens sont bon pour comprendre Élie! Tout!
J'y réfléchis un peu. Regarder tout ce que fait ma s½ur, analyser l'intégral de ses façons d'agir sans la juger... La comprendre sans lui poser d'éternelles questions auxquelles elle ne répondrait même pas. Tout devient clair dans ma tête. Je n'ai qu'à l'observer pour la comprendre. Ce n'est pas si bête que ça après tout. Mais je commence quand? Le plus tôt sera le mieux.
- Je commence dès ce soir alors!
- Je savais que mon idée te plairait, se vanta mon amie. Je suis trop intelligente!
- La modestie est un fort chez toi!
Et l'on se met à rire toutes les deux. Ça faisait longtemps que l'on n'avait pas ri comme ça.
***
Encore un jour d'école. Ma s½ur est déjà partie, de toute façon, nos deux écoles ne sont pas dans la même direction alors à quoi bon partir en même temps? Je marche lentement sur le trottoir. Je n'aime pas aller vite, et encore moins me sentir pressée.
Je vois lentement l'édifice rouge se dessiner derrière les immeubles d'appartement gris. Sur le trottoir opposé, je peux reconnaître des filles de mon collège grâce à leur uniforme et plus j'avance, plus la jupe carotté et la chemise blanche se font voir.
J'entends rire, mais je n'y porte pas trop attention. Les rires se font de plus en plus forts et puis une main se pose sur mon épaule.
- Ah! Regardez les filles, c'est la ringarde!
Je ne me retourne pas, je ne dis aucun mot. Je me contente de me dirige droit vers l'école et, inconsciemment, j'accélère le pas. La brune, la blonde et la rousse se mettent chacune à coté de moi avec leur sourire narquois.
- Eh bien... Tu es pressée de rentrer à l'école dit donc, lança la rousse.
- T'as raison Natasha, elle a l'air drôlement pressée de rentrer, continua la blonde.
Elles se mettent toutes devant moi, me bloquant le passage. Je cherche des yeux une façon de m'en sortir, mais je ne trouve rien. Mon attention retourne donc à elles.
- Tu cherches où aller on dirait, ricanait toujours Natasha. Camille, montre lui notre façon de voir les choses.
La blonde s'avança vers moi et tire sur mon sac d'école. Je me débats mais la brune vient l'aider. Elles tendent mon sac à dos à Natasha.
- Merci Audrey, merci Camille, dit Natasha à l'adresse de la brune et de la blonde avec un large sourire. Elle mit sa main dans mon sac et commença à fouiller. Voyons voir ce qu'il y a là dedans.
- Lâches ça immédiatement!, réussis-je à dire avec désespoir.
- Et elle sait parler en plus!, rigola Audrey.
J'ai les larmes au bord des yeux. Natasha sort mon lunch de mon sac et son sourire, déjà très large, s'agrandit encore davantage en voyant mon porte feuille.
- Tiens, tiens, tiens... Moi qui n'avais pas de lunch! Merci de me donner le tien et, tu sais, ça nous fait énormément plaisir de t'aider à de débarrasser de ces pauvres billets.
Elle jeta mon sac par terre et reparti en riant. Je ramasse mes choses tombés au sol tout en laissant mes larmes couler. Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour mériter ça? Je n'ai plus rien à manger et encore moins d'argent pour m'acheter quelque chose...Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire maintenant?
- Ça va?
Je me lève et me retourne subitement pour voir qui vient de m'adresser la parole. Je croise directement les prunelles d'une fille. Un peu plus grande que moi, les cheveux noir jusqu'au fesse et des yeux d'un tel gris que l'on se perd dans son regard.
- Euh... on peut dire que oui...
- Comment peux-tu faire comme si ne rien était?, demanda mon interlocutrice.
- Je ne sais pas... répondis-je tout en baissant la tête.
Elle posa doucement sa main sur mon épaule, comme pour me rassurer. Je relève le visage pour voir son petit sourire compatissant.
- Tu sais, commença-t-elle. Tu as raison, ce n'est pas la fin du monde. C'est pour ça que seules tes larmes coulent. Ta tête sait.
- Ma tête sait quoi?
Elle se contente de sourire.
- Tu comprendras bien tôt ou tard.
Sur ces mots elle se retourne et commence à partir.
- Eh! Mais attends!, criais-je.
Elle se retourna.
- Je peux savoir ton nom?
- Anaëlle et toi je sais déjà que tu es Élie, me répondit-elle, toujours avec son joli sourire angélique avant de continuer sa route.
Elle sait qui je suis! Je la regarde s'en aller. Mais une minute, elle ne porte pas l'uniforme de l'école. Comment a-t-elle bien pu savoir mon nom alors? Trop de questions et si peu de réponses. Je reviens sur terre lorsque j'entends la cloche sonner.
- Merde! Je vais être en retard!
Je cours le plus vite possible et arrive pile poil à l'heure pour le début du cours. En entrant dans la classe, le trio me regarde. La blonde c'est Camille, la rousse c'est Natasha et la brune c'est Audrey. Je pourrais leur demander de me redonner ce qu'elles m'ont volé ou encore les dénoncer tout de suite à la professeure mais... je suis si petite comparée à ces trois filles... Elles ne feraient qu'une bouchée de moi et ce serait terminé de ma vie. Elles sont plus nombreuses que moi, c'est ce qui me fait vraiment peur. Je souhaite qu'elles ne s'en tiennent qu'à mon lunch et à mon argent, que ces trois filles ne voudront pas autres choses...
Stéphanie, la professeure, commence à enseigner la matière du jour, mais cette Anaëlle me trouble l'esprit et le trio me lance des boulettes derrière la tête, comment ce concentrer dans de pareilles conditions? Je n'en sais rien, une fois de plus.
***
Le retour à la maison, enfin! La journée a été longue mais tout de même bien remplie. J'avais tout simplement hâte d'arriver chez moi pour pouvoir observer ma s½ur. Je fais comme Crystale m'a dit : j'observe et j'analyse. Cependant, je ne m'attendais pas à retrouver ma s½ur avachie sur le divan à regarder une émission de télévision du genre Bob l'Éponge.
- Merci beaucoup pour le souper, dis-je sarcastiquement à l'adresse de ma s½ur dans le salon.
Cependant, elle ne bouge pas d'un poil. C'est à peine si elle tourne la tête pour me regarder. Je m'attaque à la cuisine pour préparer des pâtes. Comme ma mère travaille ce soir je ne l'entendrai pas gueuler toute la soirée.
Une fois le souper fait, je m'assois seule à la table. Élie se lève, se sert une grosse assiette puis retourne dans le salon pour continuer son programme. Intéressant comme comportement : émission de télé avant tout!
Lorsqu'elle eu fini de manger, elle laisse traîner son plat sur la table basse du salon. Elle est déjà pleine de la paperasse de ma mère, des bols de céréales vides laissés le matin, des télécommandes de la télé, du DVD et du VHS sans compter celle pour le système de son. En résumé, elle ne fait qu'empirer l'état du bordel présent dans toute la maison.
Je devrais tenter quelque chose, dis-je pour moi-même.
- Élie...
- Humm?
- Tu pourrais faire la vaisselle s'il te plait?, demandais-je le plus poliment possible.
- Pourquoi moi?
- Parce que moi j'ai fait le souper il est donc logique que tu fasses la vaisselle, lui répondis-je en pesant bien mes mots.
- Mais c'est toujours moi qui dois faire la vaisselle! C'est pas juste!
- Oui mais c'est toujours moi qui dois faire à manger donc tu te magnes et tu vas faire la vaisselle, Tout De Suite!, dis-je très sèchement.
Sa seule réponse fût un croisement de bras boudeurs.
- Tout de suite j'ai dit!
Élie commença à grogner toute seule et à se répéter des phrases tout bas. Quelques mots me parviennent aux oreilles. Ça ressemble à des « c'est toujours moi! » et à des « je la hais cette s½ur de merde » rien de bien important à mes yeux.
Elle a finit par faire la vaisselle en 30 minutes et me fit une grimace avant de retourner s'asseoir. Je jette un coup d'½il sur les plats qui sèchent dans sur un linge à vaisselle. Tout est encore sale!
- Non mais Élie! C'est pas sérieux là!
- Qu'est-ce qu'il y a encore?, demanda-t-elle, exaspérée de m'entendre parler.
- Tu n'as rien lavé! Même les comptoirs sont encore crasseux!
- Tu m'as demandé de faire la vaisselle, pas de laver les comptoirs!
- Mais voyons Élie! Tu le sais très bien que ça vient avec. Maman l'a répété assez souvent.
- Ben justement Angel, tu n'es PAS ma mère!, lança-t-elle sur un ton à tout casser.
Sur ce, elle augmenta le volume de la télévision et y porta toute son attention me laissant en plan. C'est donc à moi de tout faire ici...? C'est exaspérant. Je remis donc la vaisselle dans l'évier et rapportai les assiettes qui trainaient pour les mettre dans une pile. Mais je ne supporte plus de voir ma s½ur ainsi, je file donc dans ma chambre écouter de la musique et écrire un peu. Les seules choses qui me plaisent vraiment.
L'idée de Crystale est très intelligente, mais... comment comprendre quelqu'un qui ne fait rien ou tout à moitié. Pour le moment mon observation n'a donné que des choses infructueuses. Je crois bien que dans sa tête c'est la loi du moindre effort. Ne faire que le stricte nécessaire, mais la plupart du temps elle n'a même pas besoins de faire le peu qu'elle pourrait puisque le souper c'est moi qui dois le préparer sinon je ne mangerai absolument rien appart les quelques grignotines que l'on a dans nos armoires.
Pourquoi? Pourquoi j'ai une s½ur comme ça? Surement pour me forcer à tout faire dans la maison.