Pourtant, à mon souvenir, lorsque j'étais moi-même dans ma crise d'adolescence ce n'était pas si pire, pas aussi souvent. Je ne voulais peut-être pas faire les choses mais si je ne les faisais pas je n'avais pas le droit de voir mes amies donc je finissais toujours par les faire. Cependant, ça semble différent avec Élie, plus difficile à vivre...
Je me redresse dans mon lit puis enfile mes pantoufles avant de passer à mon tour dans la cuisine rejoindre les deux autres. C'est la première journée d'école aujourd'hui, enfin!
- Salut m'man, salut Élie, dis-je d'une voix encore endormie.
Celles-ci n'ont même pas daigné me regarder et me dire bonjour. Je suis sans importance lorsqu'elles s'engueulent. Je me sers à déjeuner puis m'assois à table. Ma mère à droite, ma s½ur à gauche, elles se lancent des insultes. En fait, ma mère lance des insultes.
Elle glisse parfois un mot sur notre père, disant qu'il ne nous prend pas assez souvent chez lui, mais là-dessus ma s½ur et moi n'avons aucun pouvoir. Ces chicanes des fins de semaines existent depuis le divorce de mes parents. Mes seuls souvenirs d'avant cette séparation ne sont que des cris entre ma mère et mon père et un soir sombre dans la voiture en quittant l'ancienne maison.
- Vous allez chez votre père en fin de semaine! décida-t-elle tout d'un coup.
- Tu en as parlé à papa?, demandais-je à l'adresse de ma mère, m'incrustant dans la conversation.
- Cela fait assez longtemps que vous n'êtes pas allées chez lui. Qu'il le veuille ou non, je vous mets sur l'autobus vendredi soir! Il se débrouillera avec le reste!
Elle ne veut jamais rien entendre ma mère. Lorsque quelque chose fait son affaire elle ne revient pas sur sa décision. Si elle veut que ma s½ur et moi partions chez notre père, nous devons y aller.
Je fini de me préparer et pars vers l'école. Là-bas au moins je n'ai pas à les entendre crier. Une fois arrivée, je me dirige vers mon groupe d'amis. Plus précisément vers ma meilleure amie Crystale. Elle, elle sait m'écouter.
- Salut Crystale.
- Salut Angel, ça va?
- Boff... un mauvais matin, comme toujours.
- Ta mère et ta s½ur se sont encore chicanées?
- Oui...
- Tu n'as pas vraiment de chance... Ma mère et moi on ne se chicane jamais, mais entre ta s½ur et ta mère c'est toute une autre histoire!
- Je sais... Mais je me demande quand même pourquoi elle agit ainsi...
- Qu'est-ce que tu veux dire? me demanda Crystale.
- On dirait qu'Élie fait tout pour se faire chicaner, elle ne fait pas de ménage, elle laisse tout traîner derrière elle, ne fait aucune vaisselle... Je ne sais pas exactement ce qui ce passe dans sa tête, mais je ne crois pas que ce soit ce qui doit se passer habituellement... lui dis-je en toute sincérité.
- Elle a quel âge déjà ta s½ur?
- 13 ans, c'est-à-dire un an de moins que moi.
La cloche retentie au beau milieu de notre conversation, mais les cours passent avant le placotage entre amies. Je vais donc chercher mes affaires dans mon casier puis je monte au second étage pour aller dans ma classe. C'est fou comme les cours peuvent être ennuyants, mais quand il faut y aller, faut y aller. Je m'assis à un bureau et m'attends à passer une longue heure à écouter...
Cependant, je suis peut-être trop distraite. Ce qui se passe avec ma s½ur me préoccupe beaucoup, même un peu trop je dirais.
***
Il y a se sentir seule et se sentir seule. Moi, je me sens plus seule que jamais. Ma mère ne m'écoute pas et ma grande s½ur non plus. Lorsque ma mère me parle, c'est pour me reprocher quelque chose de mal fait ou un comportement que j'ai qu'elle n'aime pas. Angel ne prend même plus la peine de me parler et lorsqu'elle le fait, c'est sur un ton bête. Aucune d'entre elles ne comprend ce que je peux ressentir en ce moment, aucune ne peut savoir ce qui m'arrive... Je suis si différente d'elles.
Même à l'école ma différence se retourne contre moi... C'est ce que je remarque présentement pendant que je me promène dans les couloirs. Aucune de ces filles en jupe courte n'ose m'adresser la parole. Je sens l'année s'annoncer difficile, les écoles privées de filles ce n'est pas mon truc... mais c'est là que ma mère m'a envoyé et avec ma mère, ma voix n'est rien contre la sienne.
Je m'adosse à mon casier et souhaite de tout c½ur le début des cours. Durant ces heures où le professeur enseigne, je n'ai aucun autre souci que la matière à assimiler.
Malheureusement, il y a des pauses entre les cours et l'heure du dîner est trop longue pour moi qui n'ai pas d'amies avec qui traîner et avec qui je me sentirais moins seule face à toutes les autres.
- Tasses toi de mon chemin!
Je crois que c'est à moi que l'on parle. Je lève les yeux pour voir de qui il s'agit. C'est alors que je vois trois filles plantées devant moi. Elles portent toutes la jupe de l'uniforme ainsi que la chemise assortit. L'une blonde, l'une brune, l'autre rousse, toutes avec la peau d'une poupée de porcelaine... Elles me toisent du regard.
- Tu ne m'as pas compris? Je t'ai dit de te tasser de mon chemin!
Je regarde le corridor; il doit bien faire au moins quatre mètres de large et seulement une vingtaine de filles en petits groupes occupent les trente mètres de long, alors pourquoi je devrais me tasser de mon casier?
- Mais tu as toute la place pour passer, répondis-je en rebaissant la tête.
- Non, me répondit la blonde. Tu es là où je veux passer.
- Mais tu...
Je n'ai pas le temps de finir ma phrase que la brune me pousse. Je tombe au sol ce qui à l'air de faire rire ses deux amies ainsi que toutes celles qui se trouvent dans le couloir.
- Tu vois, ajouta la rousse. Quand on dit que tu es dans le chemin, c'est parce que tu es vraiment dans le chemin.
- Ça t'apprendra, renchérit la brune.
- Mais qu'est-ce que j'ai fait?, leur demandais-je.
Elles ne prennent même pas la peine de me répondre qu'elles partent en riant très fort. C'est bien ce que je croyais; cette année sera la pire année de ma vie...
La cloche sonne, il était temps. Elle n'aurait pas pu sonner 2 minutes plus tôt? Comme ça je ne me serais pas fait pousser, je n'aurais surement même pas rencontré ces trois filles. Mais la vie est comme ça... injuste envers moi.
Je me relève et prends mes choses dans mon casier. Je me demande toujours ce que j'ai bien pu faire pour mériter ça. Mais la réponse ce n'est surement pas moi qui vais la trouver, je ne suis pas assez intelligente pour ça... En tout cas, c'est ce que tout le monde ne cesse de me dire.
Je monte péniblement les marches qui mènent à ma classe. J'ai à la fois hâte d'y arriver et peur que ces trois adolescentes soient dans la même classe que moi. J'arrive à un autre couloir. Si elles sont dans ma classe, seront-elles aussi méchante qu'elles l'ont été tantôt avec moi? J'entre enfin dans ma pièce. Je ne regarde que mes pieds et me dirige vers le bureau le plus proche. Je dépose mes choses puis j'entends rire derrière moi. Je me retourne pour constater l'horreur : le trio est bel et bien dans ma classe répondante. Comble du malheur, je devrai les endurer toute l'année.
Pourquoi? Pourquoi a-t-il fallut que ça tombe sur moi? C'est peut-être bien parce que je ne suis pas de taille contre elles...
