Par les Yeux de sa Soeur // Chapitre 8

Par les Yeux de sa Soeur // Chapitre 8
L'odeur de terre mouillée et de feuilles mortes a désormais laissé place à celui du bois qui brûle dans les cheminés. On n'est que le début de novembre mais déjà les flocons commencent à tomber et le froid à prendre. Je marche directement vers l'école de ma s½ur, pas de temps pour aller me chercher un morceau à la maison. Ça ira en revenant.
Je passe le seuil de la grande porte de l'école. Ça sent la modernité à plein nez. Cela ne fait que quelques années que son école a été construite et il est très clair qu'ils avaient beaucoup de budget pour ce projet.
Je m'adresse à la secrétaire qui est derrière un gros bureau gris pâle pour savoir où se trouve le local de « Stéphanie ». Je ne désire pas me mettre à chercher dans cette école alors que je suis déjà en retard pour le rendez-vous. Elle m'indique les couloirs et les escaliers à prendre. J'avais raison sur un point : c'est que cette école est un vrai labyrinthe de portes, de marches et de couloirs interminables.
Je finis enfin devant la porte que je cherche depuis 5 bonnes minutes. Je cogne et entre timidement.
- Bonjour, madame Bourgy ?
- Désolée, dis-je d'une voix mal assurée tout en entrant dans la classe. Je ne suis pas Sophie Bourgy, je suis sa fille, Angel Bourgy Meyer, la s½ur d'Élie.
- Ta mère arrive bientôt alors, tente-t-elle de prédire.
- Non, la contredis-je. Elle n'était pas disponible donc c'est moi qui viens faire la rencontre avec vous.
La dénommée Stéphanie me regarde intriguée. Ce doit être la première fois que ça lui arrive dans toute sa carrière. Quoi qu'à en juger par les apparences, elle ne doit pas avoir plus de 28 ans avec ce peux de rides, sa taille élancée et ses épaules droites
Je m'assoie sur la chaise devant celle où est déjà bien installée la professeur. Je croise les jambes et place mes mains sur mes genoux. Je la regarde, attendant qu'elle se décide à parler. Cependant la blonde se pince très fort les lèvres en regardant sa feuille de note tout en tournant frénétiquement une mèche de ses cheveux.
- Vous pouvez commencer, insistais-je.
- Pardonne moi, c'est juste que je n'ai pas l'habitude de parler de tout ça avec le frère ou la s½ur c'est tout simplement que...
- Écoutez, je comprends tout à fait votre réaction, mais il faut dire que c'est très normal que ma mère soit absente à ces réunions à cause de son job donc s'il vous plait, commencez qu'on en finisse.
Elle a dût lire un peu de tristesse ou quoi que ce soit d'autre puisqu'elle me gratifie d'un sourire réconfortant. Elle replace les plies de sa chemise blanche, semblable à l'uniforme de ma s½ur et commença ce qu'elle a à me dire.
- Votre s½ur n'écoute que très peu en classe, ses notes ne sont pas les meilleures et je ne la vois jamais se mélanger avec les autres élèves.
- Je ne peux que vous dire que je m'en doutais fortement.
- Y a-t-il quoi que ce soit qui se passe à la maison qui puisse causer cette... distance ?
Stéphanie semblait peser ses mots. Elle semblait aussi vouloir élucider le même mystère que moi et s'inquiéter autant que moi de ma s½ur.
- J'aimerais pouvoir vous dire plus exactement ce qu'elle a, mais moi-même je cherche encore les raisons. Mais ne vous en faites pas, ma mère lui a acheté un piano pour l'aider à sa concentration. C'est scientifiquement prouvé que ça aide, lui dis-je en répétant mot pour mot ce que ma mère avait dit à mon père.
- D'accore, je vois...
- Y a-t-il quoi que ce soit d'autre dont vous voulez me parler?, demandais-je, pressée de quitter cet endroit.
- Non, dit-elle en fouillant dans le tiroir de son bureau. Tenez, c'est son bulletin. Vous le remettrez à Élie et à madame Bourgy ?
- Oui, ne vous en faites pas.
Je la gratifie d'un ultime sourire avant de sortir de la classe en vitesse. Je reprends mon plan et essaye de retrouver la sortie. Les tableaux des finissants accrochés au mur semblent me regarder d'un air moqueur. Je n'ai que quatorze ans bon sang ! C'est tout à fait anormal que ce soit moi qui vienne pour la rencontre de parents.
Je commence à me pomper un peu de tout ce qui se passe. Je déteste cette école c'est clair. Ses longs couloirs sinueux et gris. On se croirait presque dans un hôpital à l'étage psychiatrie. Je trouve enfin la grande porte de l'entrée. Je remercie une fois de plus la secrétaire qui est très occupée à jouer aux cartes sur son ordinateur.
Je sors et cherche ma s½ur des yeux. Je ne l'avais pas vu en entrant tellement j'étais pressée. J'espère seulement qu'elle n'est pas partie sans moi. J'aperçois un petit groupe de personnes duquel je commence à m'approcher. Ils ont peut-être vu Élie. J'avance, mes pieds faisant grincer la couche de neige fine qui s'est déposée tout à l'heure. Plus je m'approche, plus je peux distinguer trois filles et un garçon qui pousse une autre fille en riant. Je commence à accélérer le pas, c'est inquiétant ce qui se passe.
- Alors, on fait moins sa fière maintenant!, dit le garçon d'une voix que je crois connaître en même temps de pousser celle à qui il s'adressait.
- Passe-moi ton sac à dos!, enchaîne la fille rousse.
La pauvre fille au centre se fait de nouveau pousser et elle tombe à la renverse. Elle va finir malade c'est sûr et certain. La brune s'empare de son sac d'école et prend bien soins de tout jeter par terre. Je cours au secours de cette fille sans défense. J'arrive enfin à la hauteur du petit groupe pour constater qu'il s'agit d'Élie au sol.
- Mais lâchez la bon sang!, hurlais-je au petit groupe.
- Toi mêle-toi de tes affaires, me dit la blonde.
- Ce sont mes affaires.
Tous me regardent avec questionnement. Ils ne comprennent tout simplement pas en quoi cette « simple fille » peut être de mes affaires. Je tends ma main à Élie qui l'empoigne pour se relever. Le petit groupe semble comprendre mais personne n'ose encore parler.
- Ça va Élie?, lui soufflais-je.
Elle se contenta de hocher la tête comme d'habitude, puis elle se plaça derrière moi. Je profite de ce moment où il ne se passe rien pour dévisager les autres. Les trois filles me sont totalement inconnues, mais le garçon par contre...
- Tient ! David, dis-je avec amusement. Elle était bien ta fin de semaine avec Crystale ?
Il sembla rougir. De honte ou de gène ? Peut-être des deux... qui sait ?
- Euh... Salut Angel... dit-il, tentant presque de se cacher derrière son foulard. Oui, c'était bien. Crystale est très drôle...
- Oui je sais, mais... que crois-tu que sera sa réaction lorsqu'elle apprendra ce que tu as fait à ma s½ur ?
Les trois filles se mirent à glousser. Je me retourne brusquement vers elles.
- Et vous vous n'êtes guère mieux, lançais-je froidement.
Le trio cessa immédiatement leur rigolade et partit subitement. Je me retourne calmement vers David qui restait immobile, les mains dans les poches et les yeux baissés. Il semble soucieux de ce que je viens de lui dire.
- Compte bien sur moi pour lui dire, crachais-je à son adresse.
- Je sais...
Il se tourne rapidement et rejoint les filles qui l'attendaient à l'autre bout de la cour d'école. Je le regarde disparaître et me penche pour aider Élie à ramasser ses affaires. Je lui jette un coup d'½il rapide. Elle pleur mais tente de cacher ses larmes. Pourtant, et elle le sait, ces yeux rougis la trahissent.
Nous reprenons toutes ses affaires et les mettons dans son sac. Une fois le tout ramassé, on se dirige vers la sortie et partons en direction de ses cours de piano. On avance sans échanger un mot, sans remerciement ni rien. Nous continuons de marcher à travers les rues bondées de circulation. On tourne à quelques coins et je regarde le bout de papier que j'ai dans les mains : 153 rues Des Ormeaux.

***

Je cesse de sangloter tout en marchant. Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, mais c'est la première fois qu'Angel le sait. Ça m'inquiète puisqu'elle n'a toujours pas dit un mot, quoi que l'on ne se parle jamais beaucoup. Habituellement, ça me plaît bien que l'on ne parle pas cependant, j'aimerais qu'elle parle un peu cette fois.
Je regarde la maison devant laquelle nous nous trouvons, briques grises et fenêtres blanches desquelles il est possible de voir d'épais rideaux rouges. Quelques marches mènent à une porte en chêne sur laquelle se trouve en gros chiffres noirs le numéro que l'on cherche depuis déjà quelques minutes. Un gros arbre roussi est enraciné sur le terrain et quelques fleurs fanées sont près de la maison.
Je me tourne vers ma s½ur, tête baissée. Je dois la remercier, je le sais. Je devrais m'expliquer aussi, mais je ne sais pas si j'en ai le courage. Je relève la tête et croise ses yeux verts pâle, elle semble ne pas vouloir poser de questions ni rien attendre. Cependant, je sais très bien que c'est tout à fait le contraire.
- Tu devrais y aller, dit-elle simplement.
- Je... merci Angel... Sans toi je ne sais pas ce qui...
- On en reparlera, d'accord, me coupe-t-elle doucement en posant sa main sur mon épaule d'une façon rassurante. Élie, je ne veux pas savoir ce qui c'est passé tout de suite, je vais attendre que tu te sentes capable d'en parler pour le faire. Maintenant, va à ton cours.
Elle semble me parler comme une mère parle à son enfant. Elle relâche sa simili étreinte et repart en direction de la maison. Je ne sais pas ce que je dois en penser... Pour une fois j'ai eu ce sentiment que quelqu'un tient vraiment à moi. Est-ce possible qu'Angel m'aime plus qu'elle ne le laisse prétendre ?
Je me secoue la tête et regarde de nouveau cette maison. Comme je n'ai plus vraiment le choix j'avance vers la porte et cogne trois coups. Une dame d'un âge assez avancé me regarde de haut en bas et me dit d'une voix rouillé :
- Tu dois être Élie Bourgy Meyer, je me trompe ?
Je me contente d'un petit hochement de tête avant d'entrer à la suite de cette dame.


***

J'arrive rapidement à la maison et continu ma précipitation jusque dans la chambre de ma petite s½ur. C'est maintenant le temps de trouver son journal intime. Approche rapidement de l'étagère et regarde attentivement. Seulement, il doit y avoir plus de dix livres qui peuvent être un journal intime. J'en prends un au hasard, la couverture est en cuir noir. Je me souviens qu'elle l'avait acheté dans un magasin médiéval. J'ouvre la boucle qui le tiens fermé et ouvre le livre à la première page.



Je me sentais Généreuse, je l'ai donc posté plus rapidement pour me faire pardonner de mon retard de l'autre chapitre. J'espere que ça vous a plu... Mais oublié les fautes s'il vous plait! je n'ai pas eu le temps de corriger...
Angel<3

# Posté le jeudi 29 janvier 2009 21:47

Modifié le jeudi 29 janvier 2009 21:59